L’hôtel de France – 18 Septembre 2021

Il y a quelques années, en 2016, sur la petite commune de Cologne dans le Gers; nous étions quelques-uns, artistes et habitants, à construire Le nouveau monde, construction participative d’un théâtre en matériaux de récupération. Une petite poignée de citoyens soucieux de prendre leur part dans cette grande transformation de nos vies qu’appelle la question environnementale. Nous avions réussi alors à fédérer la population, faire s’asseoir sur les gradins ceux qui n’en connaissaient même pas l’existence quelques mois plus tôt et ne rien acheter-hormis des vis-pour construire ce théâtre de verdure, unique en son genre en France, librement inspiré du Jellyfish de l’architecte allemand M.Kaltwasser, construit quelques années plus tôt dans une banlieue de Londres.
Deux ans plus tard, avec le musicien Thomas Turine, nous engagions le projet « Alice à Laborde », libre adaptation chantée du roman de L.Caroll pour 60patients et soignants de la clinique de psychothérapie institutionnelle de Laborde (Cour-Cheverny). Le projet, joué le 15 Aout 2018 devant un public nombreux, laissait magnifiquement percevoir ce que l’art peut là où tout le reste semble avoir échoué. Son incroyable capacité à rassembler et à fédérer au-delà des différences qui nous séparent.
Cinq ans ont passé et les deux dernières années nous laissent comme…sonnés.Devant nous: l’incertitude sur nos capacités à nous mobiliser collectivement pour affronter les répliques de Gaïa qui commencent à sérieusement se faire entendre. Aujourd’hui, vous nous proposez de nous accompagner à rêver à ces mondes nouveaux. Ma démarche s’inscrit depuis de nombreuses années déjà dans cette pensée de la place d’un art aux avant-postes, un art défricheur, un art sur le terrain. Notre petit monde bricolé de Cologne ou la scène sous les arbres de Laborde en étaient deux manifestations qui m’inspirent pour envisager ce magnifique projet de l’hôtel de France que je vous partage aujourd’hui. Du singulier au pluriel, du Nouveau Monde aux Mondes Nouveaux; il n’y a qu’un petit pas que je franchis aujourd’hui. J’espère que vous ferez de même.

Hélène Mathon

 

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CONTEXTE #1

A quelques kilomètres du Nouveau Monde, une petite ville: Gimont, 3900 habitants, bastide construite au XIVème siècle,halte sur les chemins de St Jacques. Au centre du village, laHalle classée monument historique, magnifique exemple de l’architecture des bastides qui caractérise la région du Gers et donne à ce territoire rural une allure de Toscane. Donnant sur la Halle, l’Hôtel de France, institution locale qui, dès le début du XXème siècle réunit une population diverse et bigarrée venant de Toulouse et des villages alentours. Dans les années 90,l’usine de foie gras locale Dubarry ferme ses portes, les propriétaires de l’hôtel le vendent à une anglaise qui ne viendra jamais et les normes sanitaires mettent la dernière touche au tableau. Personne ne veut plus investir dans cet endroit: les murs de l’hôtel -comme les boutiques du villages- ferment leurs portes. Abandonné depuis trente ans, l’hôtel est aujourd’hui à l’image du village, victime collatérale d’un capitalisme à outrance qui aura, depuis une quarantaine d’années, systématiquement vidé les centres des petites villes de province de leurs activités et de leur vie.

CONTEXTE #2

Au printemps 2020, les habitants de Gimont ont décidé de changer d’équipe municipale. Les nouveaux élus voient dans la culture l’un des leviers de la relance économique, de l’attractivité du territoire et du bien-être de ses habitants. Nous sommes désormais quelques uns avec elle – l’Office du Tourisme, le Pays Portes de Gascogne et La Langue Ecarlate – à travailler ensemble autour d’un projet de réhabilitation des 2000 m. de l’Hôtel de France. Notre ambition: le transformer en un tiers-lieu culturel où nous pourrions mettre nos forces en commun pour redonner vie à ce bourg abandonné. La Langue Ecarlate est à présent conventionnée pour trois ans par la DRAC-Occitanie, la Mairie de Gimont et le fond européen Leader pour préfigurer ce que pourrait être ce tiers-lieu et initier des actions culturelles qui associeront les habitants à cette démarche innovante.
Le projet est vaste et la tache, immense : l’hôtel est en ruine, l’eau s’y infiltre, le toit s’effondre. L’Etablissement Public Foncier d’Occitanie (EPF) est devenu propriétaire des lieux afin de procéder cet été à la mise « hors d’eau » du bâtiment. C’est dans ce contexte géographique, politique et patrimonial que se construit le projet que nous vous soumettons aujourd’hui.

 

APPROCHES

Ces différentes approches ont en commun un désir de rencontrer la population et de comprendre l’histoire de ces lieux afin d’être à même de nous projeter ensemble dans le futur. Rien de nostalgique dans cette démarche, ni de conquérant. Au contraire, un retour au terrestre, à l’écoute, un désir d’utiliser l’art pour ce que nous croyons qu’il est : un outil fédérateur et émancipateur. Ce travail,engagé au mois d’avril 2021, à vocation à se poursuivre au cours de la saison21/22.

 

LA GRANDE COLLECTE

L’hôtel est resté tel que les derniers occupants l’ont laissé il y a trente ans : on y trouve encore de nombreux objets et effets au milieu de la végétation ayant repris ses droits. Nous avons commencé à les réunir. Au mois de Mai 2021, nous avons entrepris La grande collecte. Ils’ agit de proposer aux habitants devenir nous raconter des histoires dont ils se souviennent au sujet de cet hôtel. Celles-ci sont ensuite écrite set affichées sur la frise chronologique de 8 m de long, qui s’étale de 1900 jusqu’en 2040,réalisée dans notre atelier gimontois.

 

LA FRESQUE

Nous avons réalisé une fresque en couleur de la façade de l’hôtel et installé une table de bar devant. Nous photographions les personnes de passage dans l’atelier.

 

LA MISE EN LUMIERE

Le 18 Septembre 2021, à l’occasion des Journées du Patrimoine, en étroite collaboration avec la Mairie et l’Office du Tourisme; nous ferons la première mise en lumière et en son de l’hôtel. On pourra entendre les interviews réalisés ces derniers mois avec les habitants mixées à des archives sonores.