Alice à Laborde d’après Lewis Caroll

PROJET MUSICAL pour la Clinique de La Borde.

Un spectacle réalisé et interprété par l’ensemble de patients et des soignants de la clinique de Laborde
(120 Route de Tour en Sologne, 41700 Cour-Cheverny.)
avec l’aide d’ Hélène Mathon, Thomas Turine et Jasmin Martorell et le soutien du programme Culture Santé, du Carré des Jales.

Tous nos remerciements pour leurs contributions précieuse au théâtre de Gennevilliers, à Christine Picon et Mani.

 

 

Alice à Laborde

Enfant au front plus pur qu’un beau ciel sans nuage,
Aux yeux de songe émerveillés,
Malgré la loi du temps qui veut que de ton âge
La moitié d’une vie à jamais me sépare,
Ton sourire si tendre accueillera, je gage,
L’hommage affectueux de ce conte de fées.
Un conte commencé en des jours de bonheur
Tandis que, de l’été, les soleils rayonnaient
Une aimable chanson qui servit à rythmer
Le calme mouvement des rames et des heures
Et dont en moi l’écho encore retentit
Bien que les ans jaloux me conseillent l’oubli.
Avant-propos de « De l’autre coté du miroir »

Alice traverse La borde en courant, sa petite robe bleue voletant entre les arbres. Elle a traversé le miroir, celui des rêves et de la fantaisie. Nous la suivons, elle chemine sur l’échiquier, toujours en joie, toujours curieuse, à la rencontre des rois, des reines ; à la rencontre des chevaliers, des tours, des œufs et des fleurs. Les miroirs reflètent à l’infini ce petit bout de femme déterminé à devenir reine, l’herbe tendre l’appelle pour se reposer, les fleurs l’accompagnent, les arbres l’entourent. C’est un après-midi d’été, peut-être en tous points identique à celui où Lewis Caroll inventa ce conte pour la petite Alice Dogson.

 

 

Laborde, lundi 13 aout 2016.

D’ou vient la musique d’Alice ?

Tout part de ce désir, apparu en 2016, de partager cette pratique qui m’est une passion et une nécessité. L’écriture, la composition, la création d’objets scéniques qui puisse nous surprendre. J’aime enfuir un matériaux du sensible, telle une graine inconnue dans de la terre pour voir ce qui en poussera. Nous avons parlé de voyages, de l’histoire, de la transmission, des archives, du théâtre, en bref, un univers était tout doucement entrain de se nourrir. Puis apparut ce texte d’Alice, tu te dis oui, c’est possible, allons-y.

Sans préméditation, le compositeur prend alors un premier texte. Oh Kitty. Oh, trois syllabes. Oh-Ki-tty et les chante. Et par association libre, s’ouvre un paysage rhizomatique. Les souvenirs abondent et c’est sa propre histoire musicale qui resurgit. La mélodie chantée ricoche d’écho en écho sur les parois de la mémoire. Apparaissent dans le fil de l’écriture mélodique des souvenirs lointains de mélodies hongroises qui ont bercé son enfance (Twideuldeume et Twideuldie), la chanson Paris Paris Paris écrite par Mr Guy Orsetti se teint cocassement d’une Russie du 19eme, le choeur des Bam badabam épouse par fulgurance intuitive le célèbre thème de Borodin, qui on ne sait pourquoi, apparu à ce moment la. Et on laisse cela s’inscrire. Le choeur des corbeaux s’orientalise, à nouveau des sensations, à nouveau de l’enfance, et plonge dans des souvenirs de musiques bulgares.

Composer Alice fut donc un voyage de retrouvailles, d’amour, un retour de ce que j’ai reçu à Laborde, la transcription d’un voyage au coeur des émotions du musicien, sculptée progressivement par la structure du texte et le dessin d’un paysage. Alice est un long plan séquence en travelling de cinéma.

Composer Alice c’est d’abord écrire une improvisation, c’est ensuite sculpter cette écriture, puis c’est transmettre un dessin à des musiciens, qui se l’approprient, qui le modifient, qui le transcendent, qui l’amènent en un endroit absolument imprévu. Ensuite, c’est le jouer, ensemble, en laissant la place à tout ce qui surgit, l’accident, le quiproquo, on se laisse surprendre et la connivence joue encore et encore.

Merci chers Amis, La musique d’Alice, la pièce d’Alice, n’aurait pu se faire sans l’histoire qui nous y amena. Chaque instant de perron, chaque réunion du club, chaque mot échangé, chaque repas, chaque pas ou regard partagé ont contribué à l’élaboration de ce spectacle.

Ecrire et monter une chose de ce genre n’est pas simple puisque nous en inventons les bords et découvrons les processus au fur et à mesure. Il y a de nombreux détours, il y a des failles, des fatigues, des rebonds, mais on y est arrivé. Merci Merci à vous, acteurs, musiciens, chanteurs, costumiers, narrateurs, scénographes, assistants, jardiniers, cuisiniers, constructeurs, sonorisateurs, accompagnateurs, photocopieurs, promeneurs, chacun a trouvé une place dans cette histoire collective, c’est un vrai groupe, une vrai troupe.

Se loge maintenant en un endroit une petite histoire très jolie, et elle resurgira, à son tour, en un moment imprévu, pour en inspirer d’autres.

Thomas Turine